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Par Morgane Béthelot (Equiflore)
Écologue spécialisée en botanique et dans les relations chevaux/plantes
Conseillère en aromathérapie

Nombreux sont les gardiens d’équidés à s’occuper seul de leurs compagnons en louant des prairies où à souhaiter les voir pâturé sous la fenêtre du salon. C’est un rêve que certains ont la chance de réaliser. Mais afin d’éviter les mauvaises surprises, il est important de garder à l’esprit que le fait de gérer soi-même ses équidés que ce soit dans des prairies louées ou à la maison représente un investissement non négligeable. Et s’il serait fabuleux que cette aventure ne consiste qu’à laisser nos compagnons brouter tranquillement dans un espace vert et clos, la réalité est tout autre. La détention d’équidés est complexe et peut s’avérer un véritable casse-tête à bien des égards. Petit zoom sur quelques mesures et base et sur un outil qui peut permettre de soulager le gestionnaire : le diagnostic de prairie.

La gestion de prairie, un équilibre complexe.

Une prairie, à son échelle, est un écosystème. Pour qu’elle permette l’alimentation des équidés, elle doit être fonctionnelle et préservée. Les conséquences de pratiques de gestion inadaptées (surpâturage par exemple) et/ou l’absence de gestion ne permettront ni à la prairie ni aux ânes de se maintenir en bonne santé. La gestion des prairies a longtemps été régie par des besoin de production. Certaines pratiques pourtant indispensables au maintien de la santé de ces milieux ont été oubliées. Et de nombreux détenteurs d’équidés se retrouvent démunis face à des parcelles en dégradation qui subissent un pâturage inadapté.  

La très grande majorité des détenteurs d’équidé ne possèdent pas une surface suffisante pour permettre la préservation des herbages et des animaux sans mettre en place une gestion adéquate de ces derniers. Le vieil adage du « 1 ha par cheval » ne se vérifie pas toujours. Chaque milieu pourra nourrir les équidés en fonction de sa capacité de production. Reste ensuite à voir si la composition floristique est adaptée à l’alimentation d’un herbivore monogastrique fait pour consommer à la base une nourriture plutôt pauvre. Les vertes et riches « prairies à vaches » sont certes productives et résistent à une gestion inadaptée pendant un temps, mais elles sont aussi une source potentielle de désordres métaboliques graves et d’obésité.  Il arrive également que deux équidés sur 4 hectares ne puissent être nourris à l’année sur cette surface en raison d’une dégradation du cortège floristique et de l’extension des zones de refus.

Les évolutions climatiques que nous connaissons, conduisant à des sécheresses de plus en plus longues et précoces ne sont favorables ni à la préservation des herbages ni à ce qu’ils continuent à fournir la même quantité de végétation à l’hectare. Cependant, quelques mesures permettent une préservation des cortèges floristiques. Parmi elles, la mise en place de rotations associée à une parcellisation sont une base. La taille des parcelles doit néanmoins conserver une surface permettant aux équidés de se disperser s’ils le souhaitent. Les rotations permettront à la fois à la flore de se reposer entre chaque période de pâturage, limitant l’épuisement et le stress de la végétation, mais également au gestionnaire de gérer plus facilement les zones de refus formées par le pâturage hétérogène des équidés. Le temps de repos de chaque parcelle doit être en moyenne de trois semaines au printemps et de quatre à six semaines en été en fonction de la météo et de la repousse de la végétation, mais ces délais peuvent varier en fonction de la prairie et de la charge de pâturage qu’elle subit. Aussi, il est parfois indispensable de faire le point et pour cela le gestionnaire dispose d’un outil : le diagnostic de prairie.

Qu’est ce qu’un diagnostic de prairie ?

Le diagnostic de prairie est un outil permettant de mieux connaître, comprendre et gérer la végétation présente sur une parcelle prairiale. Il nécessite une visite de terrain pendant laquelle la parcelle sera étudiée. Parmi les points étudiés lors d’une visite de ce type se trouvent :

  • Historique de la parcelle : un rapide historique de la parcelle, de ses utilisations précédentes, permettra de mieux appréhender certaines problématiques et d’envisager une gestion adaptée.
  • Zone géographique et climat : la prise en compte de ces facteurs est indispensable aux conseils concernant l’implantation d’un couvert herbager et/ou d’arbustes et d’arborescents adaptés.
  • Type de sol : la nature du sol (argileux, sableux, limoneux, caillouteux etc) impacte de façon importante la flore qui se développe sur la parcelle. Par ailleurs, elle doit être prise en compte dans l’aménagement de la prairie. Par exemple, un sol sableux sera plus séchant qu’un sol argileux, rendant la parcelle plus sensible à la sécheresse mais aussi plus apte à supporter le piétinement en hiver (moins de boue).
  • Topographie : ce critère doit être pris en compte en lien avec la pluviométrie notamment pour définir quel est le fonctionnement de la parcelle lors des précipitations. Cela permettra par exemple de placer les zones fortement fréquentées comme l’abri ou l’aire de nourrissage hors des zones de « creux » plus sujettes à la stagnation de l’eau.
  • Entretien actuel : défini l’utilisation de la parcelle pour du pâturage, de la fauche, un mixte des deux, la charge de pâturage et les espèces mises à pâturer, avec ou sans parcellisation et rotations. Si une parcellisation et des rotations sont réalisées, les temps de rotation et le plan de rotation seront également notés. Cela permet de comprendre l’état actuel de la parcelle en lien avec son historique et d’envisager une gestion adaptée.

Et le point le plus important du diagnostic : la flore présente. La flore est à la fois un indicateur important de l’état de la parcelle et l’alimentation des équidés présents. Qu’elle soit laissée en accès à l’état frais où coupée pour faire du foin comme c’est le cas dans les systèmes de paddock paradise, ce sont les plantes présentes sur la parcelle qui seront la base de l’alimentation des équidés. En effet, si des compléments peuvent être ajoutés à la ration quotidienne, la condition si ne qua none au maintien en bonne santé d’un âne ou d’un cheval est l’accès à un fourrage de qualité en quantité suffisante pour permettre à l’animal de s’alimenter environ 16 heures par jour. Connaître la composition de la prairie où vivent les équidés est un outil de gestion mais également de préservation de leur santé.

Dans quelle situation faire un diagnostic de prairie ?

Chaque gardien d’équidé ayant en charge la gestion d’une prairie a déjà été confronté à des soucis liés au stationnement et au pâturage des équidés sur la parcelle. Du développement des zones de refus à celui des rumex et autres plantes non consommées en passant par la présence de plantes toxiques, les problématiques sont nombreuses. Un diagnostic peut être réalisé dès lors qu’une parcelle accueille des équidés en pâturage. S’il est réalisé sur une parcelle en bon état de conservation, il permettra la mise en place d’une gestion adaptée qui maintiendra la parcelle en état. S’il est réalisé sur une parcelle dégradée, il apportera des pistes de réflexion et/ou des solutions permettant de restaurer un cortège floristique correct et consommable par les équidés présents. Il arrive également qu’il soit impossible voir néfaste pour la biodiversité de modifier le cortège végétal en place pour qu’il soit adapté à l’alimentation des équidés. Le diagnostic peut alors amener vers des aménagements limitant les risques de fourbures et autres pathologies liées à une alimentation inadaptée.

Quels résultats et quelle suite à un diagnostic ?

Un diagnostic est avant tout un outil permettant de faire le point sur l’état de la prairie et d’envisager une gestion plus efficace et raisonnée. Il peut aussi permettre au gestionnaire de se rassurer en confirmant la bonne voie prise dans la gestion de la prairie. Il permet de cibler les problématiques présentes et de les prioriser. La mise en place de mesures simples mais efficaces permet parfois de résoudre des situations dangereuses pour les équidés. Par exemple, l’installation de pistes en fonction de l’utilisation de la parcelle par les équidés et des autres points relevés lors de la visite de terrain peut permettre de favoriser le déplacement des animaux tout en gérant au mieux l’apport alimentaire en favorisant par exemple un apport de foin le temps que les parcelles de prairie soient aptes à accueillir les équidés. Ces mesures devront s’accompagner d’une parcellisation et de rotations permettant de préserver la flore au maximum. Des pratiques comme le pâturage au fil peuvent également permettre de gérer l’alimentation des équidés ayant tendance au surpoids sans les priver complétement d’un accès à l’herbe.

Il est néanmoins important de garder à l’esprit que suivant la réaction de la prairie et celle des animaux aux aménagements mis en place, ces derniers peuvent être modifiés. Travailler avec du vivant, qu’il soit végétal ou animal, implique des variations en pratique que la théorie ne peut pas toujours prévoir. C’est pourquoi il est important, lors de l’aménagement d’une parcelle, de toujours démarrer si possible avec des matériaux non définitifs, qui permettront des modifications si elles s’avèrent nécessaires.

En conclusion…

Gérer soi-même ses équidés en prairie est une activité complexe, chronophage mais également très enrichissante. Comme pour la santé de nos équidés, une prairie est bien plus facile à préserver qu’à restaurer, d’où la nécessité, parfois, de se former ou de se faire accompagner par un professionnel. Le plus important, quoi que décide le gestionnaire, est qu’il garde à l’esprit que préserver sa prairie, c’est préserver ses équidés. Et que ce sont bien les équidés, principaux occupants des lieux, qui doivent guider ses choix d’aménagement.

Gestion de prairie et diagnostic

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