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Par Morgane Béthelot (Equiflore)
Écologue spécialisée en botanique et dans les relations chevaux/plantes
Conseillère en aromathérapie

La question des plantes toxiques pour les équidés est aujourd’hui un sujet d’interrogation pour nombre de gardiens de chevaux, de poneys et d’ânes. Si certaines intoxications et les plantes qui en sont la cause sont de plus en plus connues, il n’en reste pas moins que certains mythes persistent. Ces derniers, s’ils peuvent paraître anodins, représentent parfois un danger non négligeable pour les équidés des humains qui se fient à ces affirmations.

Les plantes toxiques sont nombreuses et variées. La plupart d’entre elles ne se trouveront jamais à portée de vos équidés. Certaines de ces plantes, toxiques à forte dose mais médicinales à une certaine posologie, croiseront le chemin de vos compagnons pour les soigner. C’est le cas par exemple des prêles (Equisetum sp).


D’autres soignent par une voie d’administration, intoxiquent par une autre. C’est le cas de la grande consoude (Symphytum officinale) utile en externe, toxique en interne. Certaines, comme la digitale pourpre (Digitalis purpurea) ont d’ailleurs été utilisées longtemps avant que le nombre d’accidents dus à un mauvais dosage les écarte des pharmacopées familiales.

Enfin, certaines plantes se trouveront fréquemment en contact avec les équidés domestiques. Certaines avec lesquelles il est possible de cohabiter sereinement sous réserve de la connaissance de leur présence permettant une action rapide en cas d’intoxication. D’autres qui nécessiteront une gestion car le risque qu’elles présentent est trop grand. C’est le cas des érables sycomore et negundo (Acer pseudoplatanus et Acer negundo).

Les mythes qu’aborde cet article concernent l’ensemble des plantes toxiques. Il est important de savoir que ces affirmations sont fausses et surtout, de comprendre pourquoi afin de trouver l’équilibre entre la connaissance des plantes toxiques, les risques qu’elles représentent et la possibilité de mettre son équidé en prairie sans faire de cauchemar, ni chercher à éradiquer toute plante toxique.

« Les chevaux savent ce qui est bon pour eux et trient »


Certains oui. D’autres non. Un cheval acquiert ses comportements alimentaires en observant les adultes principalement lors de ses deux premiers mois de vie. D’une part se baser uniquement sur cet apprentissage nécessite que les poulains soient au pré avec des chevaux eux même perspicaces dans leurs choix alimentaires, ce qui n’est pas toujours le cas. Même dans ce cas, la pauvreté de nos herbages en termes d’espèces végétales ne permet pas à la très grande majorité des chevaux d’apprendre à distinguer efficacement les plantes toxiques. C’est un premier facteur qui peut, chez certains, expliquer un manque de discernement. Ils sont cependant capables d’évoluer sur ce point s’ils sont placés dans des environnements variés avec des chevaux perspicaces.

Dans ce cas, pourquoi ne mangent-ils pas tous les plantes toxiques ?


Parce que comme n’importe quel herbivore, ils évitent en général ce qui a un gout ou une odeur désagréable. Les composés sécrétés par les plantes toxiques sont pour une bonne part destinés à éviter la déprédation par les herbivores. Ils lui donnent donc une odeur ou un gout désagréable décourageant sa consommation. C’est le cas par exemple des cigues (Conium maculatum & Cicuta virosa) ou des séneçons (Jacobaea vulgaris, Senecio inaequidens et autres).

Néanmoins, certaines plantes comme l’if (Taxus baccata) ne comportent aucune « alerte » permettant aux herbivores de les identifier comme toxiques. C’est pourquoi ils les consomment facilement. Certaines même de façon boulimique comme cela a pu se voir pour la porcelle enracinée (Hypochaeris radicata). Par ailleurs, la curiosité en particulier chez les jeunes animaux les pousse parfois à croquer dans tout et n’importe quoi.

Certaines intoxications comme les photosensibilisations par contact causées par exemple par les berces (Heracleum sp) ne nécessitent pas d’ingestion. Dans ce genre de cas, la perspicacité de l’équidé n’entre pas en jeu. Et si les conséquences de ces réactions sont généralement bénignes, ce n’est pas toujours le cas. En particulier avec la berce du Caucase (Heracleum mantegazzianum), bien plus dangereuse que sa proche cousine la berce commune (Heracleum sphondylium).  

Enfin, la grande majorité des plantes toxiques le reste une fois séchées. En revanche, le gout et l’odeur des plantes diminuent lors de la dessiccation, facilitant leur consommation. Le foin est une source importante d’intoxications. Certaines modes de nourrissage comme les filets permettant de moins gaspiller peuvent aussi encourager les chevaux à consommer des plantes qu’ils trieraient s’ils sont laissés jusqu’à ce qu’ils soient complétement vides.


Il est  important de connaitre les capacités de son équidé en termes de choix alimentaires de façon à pouvoir lui faire confiance, sans prendre de risques importants pour sa santé. Le cheval le plus perspicace du monde pourra s’intoxiquer en consommant des samares ou des plantules d’érable sycomore (Acer pseudoplatanus). Dans ce genre de situation, il est important qu’ils puissent compter sur leurs bipèdes pour les protéger de l’intoxication en agissant en amont.

« Seuls les chevaux qui n’ont pas assez à manger et dépendent de l’humain consomment des plantes toxiques »


Il s’agit-là d’une affirmation qui permettrait de mettre à l’abri nombre d’équidés dont les gardiens assurent le bien être de façon admirable. Cependant, les intoxications surviennent également chez des équidés nourris et choyés par leurs humains.

Il est bien évident qu’un cheval qui manque de nourriture est un candidat idéal en ce qui concerne la consommation de plantes toxiques. Mais la réciproque est fausse. Une alimentation adaptée et en quantité suffisante ne suffit pas à empêcher les intoxications.

En dehors du fait que ce discours est faux, il est très culpabilisant pour la personne qui vient de perdre son compagnon, car il sous-entend clairement que si le cheval s’est intoxiqué, c’est en raison d’un manquement de son humain. Je doute que dans ces moments difficiles, un jugement de cette sorte aide qui que ce soit.

« Il y a des chevaux sur la parcelle depuis 20 ans et jamais d’accidents »

Ce discours est fréquent. La présence d’équidés sur la parcelle depuis plusieurs années voire décennies sans accident assurerait que la parcelle ne présente pas de risque.

Les données épidémiologiques de l’université de Liège qui travaille sur la myopathie atypique équine, pathologie mortelle dans environ 75% des cas, sont pourtant sans appel. 78% des prairies sur lesquelles ont été déclarés des cas de MAE abritaient des équidés sans avoir jamais été le théâtre de morts suspectes. Ce qui n’a malheureusement pas empêché des équidés d’y déclarer la maladie suite à l’ingestion de samares ou de plantules des espèces d’érables responsables de la maladie.

Avoir de la chance pendant 20 ou 30 ans ne signifie pas que cette chance ne disparaîtra jamais. L’exemple donné ici pour la MAE ne lui est pas spécifique, les intoxications aux glands, à la porcelle etc…Peuvent également survenir d’un coup ne serait-ce que par une sensibilité plus grande des équidés présents.

Alors, que faire avec les plantes toxiques ?

Il faut en avoir conscience, et agir en conséquence. Sans basculer dans la paranoïa et l’éradication, sans se complaire dans leur ignorance. La connaissance est la meilleure des protections et également la meilleure façon de diminuer ses peurs.

Équidés et plantes toxiques

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